Tel

06.76.83.13.93

E-mail

contact@cds-stbruno.fr

Horaires de permanence

Mercredi 15 h- 18 h

Et si la santé était davantage l’affaire des habitants-usagers-citoyens ? Construire un projet de santé communautaire
Rencontre avec Marc Schoene le 16 octobre 2025

Marc Schoene est ancien Directeur des services de santé municipaux à la ville de Saint-Denis (93), et médecin généraliste d’un centre de santé de 1976 à 2011.

Photo de Marc Schoene

Introduction de Marc Schoene

Je suis heureux de venir à Grenoble pour cette soirée d’échange. En tant que président du syndicat des médecins de centres de santé j’ai eu de nombreuses occasions d’être en contact avec l’équipe des centres de santé de Grenoble (AGECSA) qui doit, de temps en temps, affronter des difficultés. Mais qui connaît aussi, évidemment, des succès. Le film qui a été réalisé sur leur belle expérience : « de la médecine à la santé », pour les 40 ans de l’AGECSA, en 2014, est à visionner.

L’action qu’engage l’Association centre de santé Saint-Bruno est une démarche d’avenir. La démarche de santé communautaire permet de concevoir la santé de manière totalement différente de celle qui est aujourd’hui pratiquée dans notre pays, ou le système de santé est en panne, et la prévention en est le parent pauvre. Les usagers, les citoyens ne sont absolument pas ou très peu associés aux questions et aux décisions qui les concernent. Et donc, réfléchir, imaginer, pour les temps qui vont venir, une démarche de santé communautaire dans un quartier est vraiment une autre façon de fonder et de concevoir la pratique de la santé.

Quand nous prononçons le mot santé, nous ne sommes pas forcément tous d’accord sur ce qu’il y a derrière. Lors des ateliers, nous allons nous apercevoir que nous avons des besoins de santé qui ne sont pas seulement d’avoir accès à un médecin, une infirmière, un cabinet, ou un hôpital supplémentaire. Ce dont nous avons besoin c’est d’une autre manière de faire fonctionner tous ces éléments-là.

En créant un centre de santé, il s’agit de mettre en place une approche de la santé qui place le patient, le citoyen, non comme le bénéficiaire d’un système de soins, mais comme un acteur dans le projet de santé communautaire.

Une approche historique et culturelle met en évidence qu’en France, nous sommes relativement en retard dans ces démarches de promotion de la santé et de la santé communautaire. Ces démarches ont été fondées sur les orientations de l’Organisation Mondiale de la Santé dans les années 80. Dans certains pays, la santé communautaire est développée de façon très importante. En Belgique, en Suisse, au Québec, dans les pays du continent africain, en Amérique du Sud, il y a des écoles de santé communautaire, des professionnels de la santé communautaire. Cette approche est très limitée en France. Et donc votre association qui s’engage dans cette nouvelle manière de concevoir la santé montre à quel point la santé pour les prochaines années – la prévention, les soins, la prise en compte des autres déterminants de la santé – va dépendre de la manière dont les citoyens s’engagent dans le processus de la santé. 

Les ateliers

Constitution des groupes de 8 à 12 personnes

Consignes sur chaque table

« Bonjour, comme vous venez de l’entendre, l’association pour promouvoir un espace de santé communautaire sur le quartier Saint Bruno vous convie à ce temps d’échanges avec Marc Schoene à partir, tout d’abord, des réflexions partagées ensemble.

En effet, une santé de proximité, au plus proche des habitants, des citoyens, des usagers, c’est une santé qui part de la parole récoltée. Cette parole est écoutée, entendue puis analysée. C’est dans ce mouvement d’aller-retour entre habitants, acteurs et professionnels que se construit les étapes des projets de santé communautaire.

Nous allons donc nous réunir autour de 5 questions et nous ferons nos retours sur ces grandes affiches à Marc Schoene. Ces affiches et les notes de nos échanges pris par les reporters seront étudiées dès ce samedi, en temps d’auto-formation, afin de lancer cette étape cruciale, que représente le diagnostic en santé communautaire. Nous vous invitons à une parole libre, comme elle vous vient, sans crainte de jugement de bonne ou mauvaise réponse ».

  1. QU’EST-CE QUE LA SANTÉ POUR VOUS ?
  2. QU’EST-CE QUI VOUS TIENT EN SANTÉ ?
  3. QU’EST-CE QUI VOUS FRAGILISE EN SANTÉ ?
  4. QUELLES ACTIONS SERAIENT PRIORITAIRES POUR UN ESPACE DE SANTÉ COMMUNAUTAIRE ?
  5. RÊVER D’UNE SANTÉ COMMUNAUTAIRE CE SERAIT QUOI FINALEMENT ?


Cinq groupes ont été formés pour permettre des échanges, avec un animateur et rapporteur pour permettre d’écrire les réponses des participants. Ce contenu a été synthétisé par Marc Schoene et disponible en annexe.

Retour en plénière de Marc Schoene

Vous le savez parce que vous participez tous de temps en temps à telle ou telle réunion, la restitution est un exercice très difficile. Pour une raison simple, c’est que quand le public, quand les gens amènent beaucoup d’idées, le risque de la restitution, c’est d’appauvrir les idées. Or, les groupes ont exprimé sur cinq questions une liste impressionnante de réponses, dont il sera difficile de les restituer. Marc Schoene propose une restitution en reformulant trois grandes idées.

1. L’évolution de la conception de la santé au fil de l’histoire : « la santé ce n’est pas que le soin ».

« Quelque part, l’assemblée de ce soir, c’était « la réunion de l’Organisation mondiale de la santé de 1984. Et je ne dis pas ça pour vous flatter ou vous plaisanter, mais vraiment, vous avez travaillé d’une certaine manière, comme mes collègues de l’époque ont travaillé La charte d’Ottawa de promotion de la santé ».

Il y a des années de ça, une étude a interrogé des élus des villes de plus de 20 000 habitants en France. Il leur a été demandé :  « pour vous, c’est quoi la santé ? ». 90% des réponses des élus ont été « le soin ». Et vous, ce soir, vous avez fait toute une série de réponses. Celles-ci tournent autour de l’idée que la santé ce n’est pas seulement l’absence de maladie. La santé, vous l’avez exprimé ainsi, relève du « bien-être », « être bien dans sa peau », « bien dormir », « être autonome », « ne pas être entravé dans ses projets ». En résumé, la santé a bien été identifiée ne relevant pas que du système de santé.

2. L’identification des déterminants de santé

« La deuxième idée que vous avez d’ailleurs extrêmement bien exprimée sur les ressources. Nous l’appelons dans le jargon des professionnels de santé publique, les déterminants de la santé. Et donc, Une liste impressionnante de déterminants de la santé, qui sont tous les éléments qui contribuent à la santé. Nous les avons identifiés collectivement. Comme dans la charte d’Ottawa, vous dites par exemple « il faut agir sur l’environnement des gens ». Il faut donc agir sur les déterminants de la santé si nous voulons améliorer la santé de tous. La santé ne relève que de 20% du système de soins. Cela veut dire que les autres déterminants (environnement, travail, logement, relations sociales) impactent à 80 % la santé de chacun. Il faut donc agir sur ces déterminants ».

3. L’implication plutôt que la participation : être acteur de sa santé

« Il y a un troisième élément tout à fait intéressant, et c’est le but même de votre association. Comme dit dans la charte d’Ottawa (malheureusement trop négligé) l’amélioration de la santé passe par l’implication des gens. Certains parlent de participation. Mais il faut viser plus qu’une participation, il faut réussir une implication. Il ne s’agit pas seulement de vous informer par exemple que vous devez vous faire vacciner. Il ne s’agit pas simplement de vous inviter pour que vous veniez à une réunion. C’est sympathique. On vous explique les choses. Non, la démarche c’est que vous vous impliquiez et que vous deveniez des acteurs de santé. »

Enfin à travers trois exemples très concrets, Marc Schoene nous met en alerte sur des éléments qu’il faudra prendre en compte pour mettre en place une démarche de santé communautaire :

  • Intégrer des approches culturelle/anthropologiques. Cela permet une démarche de rapprochement entre les citoyens, les associations qui s’en occupent et les professionnels de santé (par exemple, le suivi de grossesses de femmes originaires de d’autres espaces culturels sans logements et donc sans possibilités de s’inscrire dans une démarche de suivi régulier, comme cela est ordinairement nécessaire pour une grossesse).
  • Travailler en prévention le plus en amont possible pour éviter les actes médicaux à répétition. L’analyse des soins permet d’identifier des pistes d’actions pour éviter les accidents liés à l’environnement (par exemple, pour éviter de fréquentes coupures de pieds dans un lac mal entretenu, recommander que les enfants portent des sandales en plastique pour se protéger).
  • Éviter de médicaliser des problèmes repérés et en lien avec tel ou tel domaine de la vie. Il s’agit de trouver des solutions qui permettent le maintien de la santé durablement (par exemple, éviter le cumul des horaires de cours resserrés sur quelques jours de la semaine – ce qui arrange les enseignants – mais qui entraîne une plus grande fatigue pour les étudiants qui travaillent pour subvenir à leurs besoins financiers).

Ces trois exemples raisonnent avec « vos mots à vous » dits dans les ateliers.

La santé, c’est pas que le soin, c’est un état de bien-être, qui est conditionné par toute une série de déterminants dont il faut s’occuper. Nous avons intérêt à nous mêler un peu de notre santé. J’ai entendu l’un de vous, à l’une des tables, qui disait : « parfois, il y a des gens qui ne comprennent pas leur ordonnance ». Dans le centre de santé communautaire de Saint-Denis, grâce à la démarche communautaire, nous avons surmonté ces difficultés.

Il s’agit donc de trouver les problèmes qui aggravent la santé et d’en régler un certains nombre plutôt que de recourir systématiquement aux soins. Dans les rêves évoqués, vous exprimez toute une série d’idées tout à fait intéressantes. Par exemple, vous avez parlé de l’isolement. Voilà une question qui peut être aussi traitée comme un élément d’amélioration de la santé. C’est-à-dire comment vous ferez dans votre quartier ? Comment vous allez choisir vos priorités ? Comment passerez-vous de la théorie et des grandes déclarations au concret, très concret ?

Mais j’attire votre attention. Ne vous laissez pas « envahir » par le mot santé qui revient vers « docteur, vers médecine. » La santé ? Evidemment les professionnels du soin sont concernés, mais minoritairement. Mais si nous voulons agir sur notre santé, il faut véritablement regarder les problèmes que nous rencontrons pour « être bien », et voir de quelle manière, collectivement, nous pouvons essayer d’y faire face. Alors, il y aura des choses, bien évidemment, qu’une association ou un quartier ne pourra pas faire tout seul, sans les moyens, ou de la ville, ou de l’État, etc. Mais il y a toute une série de choses qui peuvent être l’affaire des personnes qui s’engagent, comme vous avez l’intention de vous engager dans cette démarche communautaire en santé. »